Le pont entre deux mondes

feu-sousboiscopyrightfrance-logo10

Ce qui emporte les premières feuilles rousses de la fin de l’été commence par quelques bourrasques d’automne ; mais ce n’est pas toujours la bise glaciale de l’hiver pénétrant les forêts et les rues qui les cache sous le grand manteau blanc jusqu’au rivage du printemps. Je le sais, puisque j’en ai suivi une tout le long des quatre saisons.

Figurez-vous qu’il se passe encore beaucoup d’autres choses que bien peu savent percevoir durant le long chemin de la vie.

Alors permettez-moi de vous offrir un grand secret qu’un mystérieux personnage m’a révélé une nuit de décembre.

On a tous rencontré un instant qui nous a soudainement extirpé de nos pensées ou de nos rêves éveillés.

Un bruit, une voix, un pas, une musique…Et pendant qu’on s’attarde à reconnaître ce qui parvient à nos oreilles, il se passe toujours quelque chose de bien étrange. Cet instant furtif se dissout en s’effaçant aussitôt que la réalité nous interpelle. D’un côté le rêve et l’imaginaire et de l’autre le réel et la rectitude d’un monde parfois très effrayant.

Pourtant entre ces deux rives se maintient dans un équilibre joyeux un mystérieux espace où se croisent toutes les pensées magiques de l’univers.

C’est à cet instant précis que commence mon histoire.

Elle se passe parmi nous tous mais personne ou presque ne sait la voir. Quant à ceux qui me croisent sur ces chemins colorés, c’est toujours avec un grand éclat de rire qu’on partage notre surprise de nous rencontrer ici.

C’était donc en décembre, tout près du fragile sentier d’un sous bois de vieux chênes que ma précieuse feuille avait choisi de se poser. Le petit feu de bois de mon campement du soir ambrait l’humus et les troncs protecteurs. Derrière eux la nuit enveloppait le monde de ses soyeux mystères. Quelques légers flocons se faufilaient gracieusement entre les branches effeuillées.

J’ai toujours aimé regarder cette danse irrégulière et folle que la neige nous offrait quand elle apparaissait à nos yeux. L’hiver s’annonce toujours ainsi, en riant.

En remontant mon regard vers le ciel une surprise m’attendait. Elle couvrait tout mais ne se présentait pas à mon regard parce que je ne savais par la voir. Mais que voulez-vous, l’adulte que je suis devenu s’est rangé depuis bien longtemps au sérieux de ce monde qu’on se fait pour préserver une réalité bien controversée. Du coup, je n’ai pas vu ce qu’il se passait.

Heureusement que les flammes savent faire rêver tous ceux qui les regardent danser. Ce n’est pas vous non plus qui direz le contraire.

Me voilà donc parti dans les nuées de mon imagination quand un craquement sec de l’autre côté du feu tenta de me sortir de mes rêveries solitaire. Le souvenir du parfum de résine de sapin et des premières mandarines de noël remontaient au galop et persistaient en même temps que je cherchais ce qui pouvait bien avoir pu craquer en face de moi.

La rassurante odeur du bois brûlé, de l’humus chaleureux, de la mandarine et du sapin se mélangeaient soudainement dans mon esprit. Sans vraiment savoir pourquoi un grand plaisir s’empara de tout mon être et la joie m’envahissant, c’est en me levant pour danser autour du feu que je croisais son riant regard. Il était là, adossé à un tronc épais, son regard pétillant dans la leur ambrée du feu. Ses joues rouge pomme et rondes comme des petits pains au lait sous son grand chapeau de feutre sombre surmontaient son grand corps solide emmitouflé sous une grande cape de coton écru. Une main se tendît soudain en m’offrant quelques mandarines dans un petit panier fait de petites branches de sapin.

Aucune crainte vis à vis de lui, mais des questions au sujet des mes pensées de noël et ce qu’il me proposait.

Un deuxième craquement me sortît de mes nouvelles pensées et en regardant en direction de l’arbre je ne vis personne pourtant, à côté du feu le petit panier de sapin avec ses mandarines m’attendait bien. Quel mystère avais-je donc bien pu traverser?

En levant les yeux au ciel à travers la danse des premiers flocons je découvrais aussi que toutes les étoiles étaient bien là. Comment était-ce possible qu’il neige alors qu’aucun nuage ne traversait la nuit ?

C ‘est alors qu’un grand rire chatouilla si bien le feu que des minuscules étoiles en sortirent pour illuminer la nuit dans le sous-bois.

Le visage de l’homme au manteau clair apparu au dessus des bûches flambantes.

Il me demanda où je comptais aller tout en flottant au dessus des flammes soudainement joyeuses. C’est en lui expliquant ma quête au sujet de la feuille et de son cycle annuel qu’il compris comment j’étais arrivé là. Ce qui l’étonnait, c’était de voir un adulte en ces lieux. Il m’a proposé de vous raconter cette petite histoire du monde invisible qui nous entoure et qu’il était possible à chacun d’y venir en suivant la nature durant les quatre saisons.

D’abord, le lendemain matin j’ai cru avoir fait un joli rêve. Mais les pelures de mandarine dans le petit panier de sapin levèrent toute confusion de mon esprit. Ainsi, depuis de nombreuses années maintenant, on se retrouvent avec beaucoup d’amis sur les sentiers et les chemins de toutes sortes afin de continuer à emmener les rêves et la réalité dans un espace où la magie illumine tout.

Et si je ne vous en dis pas plus, c’est pour vous laisser la joie de découvrir tout ce qui se cache autour de vous sans que vous le sachiez.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année en espérant que vous puissiez venir nous rencontrer sur ce merveilleux pont.

Conte proposé dans le cadre de l’agenda ironique de Décembre

chez Anna Coquelicot « Les Mondes Invisibles « 

©2016 Jean Marie Albert – Tous droits réservés – reproduction interdite

Publicités

17 réactions sur “Le pont entre deux mondes

  1. Quel beau moment tu offres là au lecteur, JM. Un conte aux couleurs et senteurs d’éternité, dans un espace temps où tout parait possible… Je te souhaite une belle fin d’année, mon ami. A bientôt.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Agenda Ironique, les textes | Bizarreries & Co

  3. La nature est un guide éclairant et chaleureux, dit le conte que ta plume narre. Voilà de quoi emmener le lecteur bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer si elle ne l’avait pas pris par la main.
    Merci à toi, artisan de l’éphémère. Le voyage dans l’invisible durera je l’espère plus longtemps qu’une année.

    Aimé par 1 personne

Merci de me laisser votre ressenti en commentaire :-)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s