Ce monde là

Juste après, semblant se poser sur le haut de sa tête noire et brillante comme un café brûlant, le flamboiement pastel multicolore du couchant soleil.

Allongé sur le sable gris de la cour, il me plaisait d’imaginer cet arrière plan sensuel offrant un spectacle où l’univers entier viendrait célébrer l’instant. Il n’y a que le mur taché.

Sa petite tête penchée sur le côté semblait me regarder. Jusque là, j’avais ignoré combien de vies se trouvaient juste à côté de nous. L’insouciance ou le détachement de ce petit être remet soudain à sa place toutes les vérités du monde.

Aujourd’hui il est là, tout entier et j’en distingue l’essence et le fruit.L’essence est au présent et le fruit en est le plaisir qu’on en tire. Rien de plus, rien de moins.

Petit, j’irais même jusqu’à dire minuscule. Mais soi-même, comparé à notre planète, on est rien. A l’univers encore moins, si c’est possible.

Je ne savais pas non plus qu’il pouvait être aussi fort, aussi affamé. Transporter sur la tête quelque chose de tellement grand, comment est-ce possible. Et on entend le monde se plaindre pour bien moins. En toussant à cause de la douleur insupportable, il résiste au souffle. Un vrai colosse. Autant de force pour une existence infime, indispensable, étonnante, c’est un paradoxe que la vie nous pose. La poussière soulevée me brouille les yeux, me coupe le souffle. Comme si ce n’était pas assez, déjà.

Sous ma joue les gravillons clairsemés fouillent mes gencives. Je me demande bien ce que je peux avoir dans la bouche. Mes dents ne sont pas à leur place habituelle. Ma langue ne trouve pas mes lèvres desséchées.

Quant au petit personnage, il est rejoint par quelques complices s’affairant autour de la flaque rouge entre eux et moi.

Quelques voix semblent s’approcher, mon ventre s’oriente au ciel sous le coup qu’il vient de prendre. Ma tête a suivi. J’ai perdu mon ami sur le sable, je ne le vois plus. Rendez-moi mon monde. Il y a juste un homme pointant un flingue sur ma tête. Soudain le soleil se lève au centre de ma vision. La haine à encore gagné.

Les têtes noires et brillantes des fourmis courent déjà partout autour de ce qu’il reste de moi. Ce monde là sera sans moi.

©2016 jean Marie Albert – Reproduction interdite – Tous droits réservés

Publicités

2 réactions sur “Ce monde là

    • Tu as raison Laurence. C’est le présent pour tellement de gens dans le monde. Le partager ainsi m’aide à en faire quelque chose d’autre. C’est si sombre, si sombre, en effet. Merci pour ton passage et ton appréciation. Ça me touche toujours beaucoup. 🙂

      Aimé par 1 personne

Merci de me laisser votre ressenti en commentaire :-)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s