Les flammes de la vie

ange Noor  (2)

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Tu sais, tout ce que j’ai pu faire, dire, penser et même omettre n’échappera jamais à l’oubli et ceci, tout ceci ne reviendra jamais nulle part, jamais.

Traîneront  encore en fumerolles quelques instants, un peu d’arômes, de saveurs au dessus des vagues sensuelles du souvenir. Uniquement ceux que j’aurais posés  dans vos mains, vos yeux, vos cœurs et pour toi aussi ce sera pareil, comme pour tous les autres.

On parle tous de soi, de sa vie, des ses plaisirs. Mais surtout de ses souffrances perdues ou à rencontrer. Et celles qu’on jette dans la cale de l’oubli, celles qui écrasent les épaules et l’échine, on les fait se taire. Par pudeur, altruisme ou égoïsme.

Ce qui rôde, c’est la nuit éternelle et derrière les volets de l’oubli se déliteront dans l’infini rien, toutes les vies, toutes les âmes, chaque existence.

Tu sais, même Maman partira sans jamais revenir. Elle abandonnera au destin tous ses enfants chéris. On hurlera la brûlure, le scandale inhumain. Les deux genoux à terre, le ventre à la poussière, déjà noyé dans la gadoue des larmes. Rien n’y fait, jamais, rien ni personne. Parce que quand Maman sera morte; rien que de penser ça et la lave de tout mon être se consume et se broie dans l’écho du silence de mon esprit détruit; quand Maman sera morte, disais-je,  c’est l’annonce de mon ultime désaccord avec la vie qui se propage dans l’univers entier  et je le maudit de cet effroyable destin jeté devant les pas de chacun.

Tu sais, j’ai toujours cinq ans dans mon cœur. Et j’entends, dans tes yeux les mots que tu retiens, sur ta bouche ceux que tu mords pour la garder fermer et tes joues qui se creusent et blêmissent. Alors ne me parle pas ainsi. Parce que je ne suis pas grand. Je ne le serai jamais. Et si tu insistes, je pleure devant le monde entier. Je pleure et je saigne des larmes, juste pour que tout ceci s’arrête enfin. Juste parce que je n’ai que ça pour me battre.

Tu sais, personne ne viendra m’aider à construire l’éternité. Parce que si quelqu’un savait ça, ce serait déjà toujours. On aura passé son existence avec la pire des salopes, celle qu’on nomme « La Vie ». Et la vie , tu vois, elle nous tue, tous.

Tu sais, on fait tous tout ce qu’on peu pour que s’attarde le présent, pour cacher le mal, dissimuler l’horreur qui vient. Mais on commence à crever dés l’instant où on sait, dés l’infime palpitation de conscience de sa propre fin. Jusqu’à la dernière  éruption de son propre temps.

Tu sais, au fond de moi coule une rivière. Et sur sa berge de sable bleu est posée ma dernière barque. Ma seule barque. Celle qui m’attend, vermoulue, sans rame, sans voile. Celle que le courant emportera dans le si loin, aussi.

Tu sais, la vie qu’on a reçu, qu’on s’est choisi, n’a pas retrouvé le chemin de mes cinq ans. N’a pas offert aux autres le soleil qu’on avait vu pour eux.

Tu sais, aucun miroir ne brille autant que mes rêves perdus. Aucun matin ne célèbre la lumière de mon cœur. Parce qu’il n’y a aucun doute sur le présent, l’avenir.

Tu sais, on aura tout tenté, comme on pouvait, comme on savait, avec tout ce qu’on a pu, su y mettre de temps, de cœur, d’espoir, de courage, d’abnégation, de plaisir,…

Tu sais, j’ai mal, si mal des tourments que la vie nous gifle, des tortures qui déchirent les corps, broient les âmes.

Tu sais, j’essaie, je fais tout ce que je peux depuis toujours. Mais cette lame d’acier du vivant plonge chaque jour plus profond dans mon âme, dans mon cœur. Et les tourbillons de sang qui s’écoulent partout à chaque instant noient mes pensées dans le rouge du dernier comas. Au point que même ma colère s’agenouille et implore la fin.

Tu sais, personne n’écoute, parce que sinon toi aussi tu serais en guerre. Car ceux qui écoutent savent qu’ils vont mourir pour autre chose qu’eux-même. Pour rien. Puisque presque personne ne regarde dans les fentes du temps, dans ces instants posés, là où se retrouvent les secondes qui déroulent l’épaisse émotion des âmes sensibles. Là où les mains se touchent, s’attrapent, se caressent et se tiennent, infiniment.

Tu sais, personne ne s’habitue à toute cette vie. La lumière s’est allumé un jour et elle s’éteindra de la même façon. L’unique choix, c’est de subir ça, cet entre-deux là.

Tu sais, si tu y penses bien, si tu te rends compte de l’horreur qu’on va laisser à tous nos gosses, si tu peux rester debout et fier avec tout ça, c’est que tu ne vois rien. C’est que tu ne vis pas. C’est que toi aussi tu ne sais pas si tu n’es qu’une survivance.

Tu sais, je voudrais retourner dans le ventre de Maman et ne jamais revenir, ne jamais venir, ne jamais être venu. Parce que là, même si j’étais un ange, j’aurais les deux genoux à terre baignant dans le sang de tous les autres anges.

Tu sais, j’aurais voulu ne rien savoir. Parce que si j’avais su,…

©2016 Jean marie Albert – Reproduction interdite – Tous droits réservés

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