La nuit des Dingues 3 Bucoliques instants

 

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Bucoliques instants

Normalement, une porte fermée laisse tous les autres dehors. Sauf que là, on est toujours dehors. Sous un auvent boisé, tuilé de rondes couvrant quelques compositions florales fanées, suspendues et d’autres plus animales, desséchées aussi.

Ce qui surprend, c’est la lumière du soleil sur le sol couvert de grandes pierres carrées, lissées aux semelles du temps.  Au centre de cette cour brûlante se trouve une sorte d’ autel de pierres noires, toutes aussi lisses que les précédentes. Une table circulaire, dont le centre et traversé par un sillon poli, glissant jusqu’à un récipient de granit blanc. Ça ressemble à une fontaine dont on aurait oublié d’y placer une arrivée d’eau. Là, un insidieux malaise caresse notre âme. Depuis combien de temps sommes-nous là? Un survol de cette place d’un tel éclat dans un village perdu, on se demande pourquoi une telle chose. On n’avance pas, plus. Le regard perdu en question dans le sillon de pierre qui se laisse couler vers le récipient en dessous. Seule une main tremblante dans les reins nous pousse à rejoindre le soleil. Sa chaleur réconfortante balaye instantanément la toile collante de la torpeur.

Une fontaine de pierre noire, qui a déjà vu ça? Personne!

La main fébrile se tend vers l’arbre centenaire sous lequel survit un banc de bois grossier. Le monticule de feuilles rousses et noires trône de chaque côté. Un érable, peut-être. Un pas bruissant après l’autre sur le tapis de l’abdication de la canopée, la célébration se déroule au rythme du rêve qui nous enveloppe. Et jusqu’au siège céleste sous le vieil arbre, ne reste que notre existence pour contempler le couchant sur la dalle lisse de la fontaine sans eau. L’ambre envahit l’espace et nous lie à toutes choses alentour. Alors on s’assoit, chéri de lumière douce, de beauté et d’harmonie. On se demande même pourquoi la vie à tant tardé à nous montrer ses plus beaux éclats. Cet inespéré, inattendu instant, on l’a tous cherché, voulu, désiré. Mais jamais personne n’a su, pu, voulu nous indiquer la voie. Même l’infime miette ne nous parvînt pas. On aurait pu passer l’éternité jusqu’à ignorer la beauté de la nature et de ses bienfaits sur l’âme, le corps, l’esprit. Et vers les autres aussi. C’est simple, on se dit presque en rigolant qu’on pourrait bien mourir maintenant, puisque le miracle est passé nous émerveiller.

Alors, pour apprécier l’existence au plus profond de soi, pour communier avec l’instant et le vivant, on se couche sur la fontaine sans eau qui répand la chaleur du soleil dans nos os régénérés. L’inspiration lente et douce offre l’espace à nos poumons éclos. Et comme pour tout attraper de l’univers on écarte les bras prêts à embrasser, à avaler la vie pour la garder infiniment en soi. Une caresse douce du vent sur le visage et nos yeux  en larmes joyeuses qui se tournent vers demain. On n’a pas senti la brûlure de l’acier dans le cou. On a pas entendu les chants. On admire l’absolu en une ultime survivance, pourtant on sent se répandre la vie en nous et hors de nous. Dans le sillon noir et lisse s’écoule le vermillon d’une vie jusqu’au récipient de pierre.

Autour, les villageois s’affairent déjà.

À suivre…

Copyright 2016 Jean-Marie Albert – Reproduction interdite – Tous droits réservés.

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