La Nuit des Dingues 2 L’enfant ?

araignée fleur

le délicat parfum du mal

Voici donc ce qu’il en est…

Dans les patelins de ce genre, tout se sait, tout, dans l’heure. Ainsi, dés qu’un bestiau dans votre genre arrive, l’info circule sans faire de bruit, sans trace, même jusqu’à l’agonisant. Lui aussi a droit au plaisir partagé.

Vous ne le savez pas mais on pense à vous, on vous idéalise, on vous projette, on vous accommode avec force et conviction et surtout beaucoup de foi.

L’un appréciera votre regard, un autre vos gestes, vos mains, la couleur de vos cheveux, la longueur, votre allure, etc…

Chacun de ceux que vous croiserez portera sur vous un regard appuyé, fouisseur, introspectif… C’est gênant, très lourd à subir, je sais. Pourtant, si vous saviez, vous en redemanderiez. Mais vous ignorez, alors la fuite et le mépris s’accumulent en vous enfermant, en vous privant d’un hédonisme certain.

Que vous soyez femme ou homme, on vous enverra l’enfant évoquant un besoin d’aide. Un enfant n’impressionne pas , ne rebute pas, ça emporte à l’émotion paternelle, maternelle, fraternelle, sororale. L’imagination représente la difficulté, la douleur, le souvenir personnel, puis l’empathie penche le cœur, le corps, le bras, la main qui aide, évidemment.

Et le tour est joué, en avant vers la maison, là-bas, près du puits.

Le long du chemin vous verrez son visage de profil et quelque chose d’ intriguant se propagera instantanément. Déjà vue quelque part ces traits, ce nez fin, ces lèvres pulpeuses et rouges, ce front haut et fier, ce menton volontaire accroché à de fortes mâchoires. Vous penserez à un enfant de la terre, un ange de la campagne, solide, charnu comme un fruit rouge et mûr coiffé de paille bouclée. Seul l’œil aigue-marine oblique vous surprendra en voyeur, en coupable observateur. La honte envahira l’esprit, la soif soudaine dans la gorge serrée, le pas qui accélère et le regard porté vers ailleurs, loin, là où tout ça n’existe pas. Et on se prend à penser au regret d’avoir cédé, d’avoir ouvert le cœur. Et vite on enfouit la seconde honte, pétrie au creux du mensonge qui la malaxe au fond de l’esprit en balayant les dernières miettes sous le tapis sale de la gluante gêne.

Puis on se dit qu’on est l’adulte, celui qui sait, qui décide, qui choisit. La pointe du crâne signant des x au ciel, l’air supérieur et condescendant posant la question permettant l’échappatoire, la fuite, la dislocation du mal. Enfin c’est ce qu’on croit, en général.

– As-tu un prénom, demanderez-vous bêtement? Comme si cet enfant était tombé du ciel ou soit monté soudainement des enfers. Innommé, projection mentale soudaine, mystérieuse, maléfique, ou téléportation ,… Franchement, même le plus con n’aurait pas osé et vous le savez.

– Lilith, comme ma mère, vous répondra-t-elle innocemment.

Cette petite voix fragile , sensible et délicate comme un pétale de soie, parfumée de framboise, en offrant l’éclat blanc neigeux d’un sourire infiniment caressant.

Ainsi on séduira inconsciemment dans nos prochains actes afin d’obtenir l’absolution, le pardon d’avoir osé juger, condamner le pur. Miséricorde, compassion, pitié , tout y passera pour ne pas affronter l’éternel sur ce sujet. Et soudain l’éclat de lucidité, la révélation délivrant la surdité mentale, la cécité intellectuelle : Lilith, c’est une fille !

On n’avait pas remarqué les sandalettes blanches sur la peau dorée des pieds. Pas vue la robe de dentelle rose volant sur les mollets soyeux d’une demoiselle nous tenant le bras vers la maison, là-bas. Elle avait cinq ans, puis quinze, comme si chaque pas pourfendait le temps vers un futur idéal. Pas le temps de penser, juste regarder la porte de bois gris s’ouvrir alors qu’une vielle femme nous pousse doucement à l’intérieur. En se retournant on distingue le gamin au fond du chemin, là où on l’avait rencontré. Il fait un signe rassurant, offrant de continuer, alors qu’une voix tremblante et rayée distille un apaisant – ça va aller, ça va aller…Apaisant, insensibilisant, anesthésiant, sédatif.

à suivre…

©2016 Jean-Marie Albert Copyright – Tous droits réservés – Reproduction interdite.

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