Mon cadavre dîne avec moi

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Mon cadavre dîne avec moi. Je sais, vous ne me croyez pas. Tant pis pour vous!

N’empêche que le repas était excellent. Normal, c’est lui qui a fait la cuisine. Moi, je ne sais pas faire, hormis une fine pellicule de jambon à l’os soigneusement découpée chez mon charcutier afin d’éviter que je ne me trucide à grand coup de tranchoir…Il n’aurait pas du me proposer d’essayer son outil de travail. Mais vous savez tous combien la tentation nous titille l’esprit et que les déraisons qui s’en écoulent nous offrent toutes les possibilités de nous escagasser la trombine.

Le sang, mon sang arrosait les pâtés, les saucisses et autres salaisons . Je dois reconnaître que la couleur m’insupporte et que la vue de mon hémoglobine me fait prendre mes jambes à mon coup. Ce que je fis illico presto. La suite des événements vous prouvera une fois de plus que j’ai raison et que vous avez tort.

En sortant du magasin de viandes transformées, une seule idée : fuir sans demander mon reste en essayant de récupérer tant bien que mal tout le suc vital et rouge vermillon qui s’échappait de ma blessure. Autant dire que remplir l’océan avec un dés à coudre aurait été plus rapide…

Évidemment, le sort prenant un malin plaisir à me mettre des bâtons dans les roues, la premier vélo passant par là ne prit même pas la peine  de freiner pour m’éviter. Les deux roues sur mes deux arpions et me voilà à sautiller les yeux emplis de larmes. Essayez, vous verrez, ça pique les yeux.

Du coup, le monde réel n’existait plus que d’un point de vue sonore, tactile et odorant.

Tentez de trouver votre chemin dans ces conditions et si comme moi vous arrivez à rentrer chez vous, je vous tire mon chapeau. Moi je l’ai fait, pas vous !  Je vous passe les instants fabuleux où j’ai rencontré le train, la rivière et la traversée du zoo.

Des instants choc, où on se mouille, pour s’achever sur un partage de chair plein de mordant.

C’est en arrivant chez moi qu’il m’a ouvert la porte de mon logis. Juste avant que la clef ne tourne dans la serrure. On aurait dit qu’il m’attendait, qu’il m’épiait. Une sensation bizarre de déjà vu avant que je ne l’identifie. Je vous le jure, voir son propre cadavre vous ouvrir la porte de chez vous, ça décoiffe même la plus chauve de toutes les têtes d’œuf.

D’ailleurs, il m’a dit qu’il m’attendait, que le repas était prêt, que ce serait le dernier.

Au hors-d’œuvre, mon plat préféré, le pissenlit au naturel. Paraît que c’est une plante qui a de l’avenir. Surtout du côté de ses racines…

Le plat, de la longe, bien fumée, servie froide et bien coiffée. Farcie des humeurs les plus subtiles de la saison.

Fromage,  un plateau avec  un caprice des dieux, Une Boulette de la pierre qui vire ( Bourgogne), Une écorce de sapin ( Franche comté), un saint pierre ( Limousin), un trois cornes ( Poitou-Charentes)

Dessert,Une religieuse au poivre, un Sacristain au vinaigre, Une paire de tartes à la pomme et pour finir un alléluia de Castelnaudary (  pâtisserie française en pâte à choux, glacée de losanges d’angélique).

Le tout arrosé copieusement de trous normands.

Après, il m’a proposé un voyage en calèche.  C’est de là que je vous écris ces quelques mots.

L’addition me sera présentée au bout du voyage. Jusque-là, j’en profite.

Je me demande quand même une chose, c’est que quand vous allez rentrer chez vous, peut-être que c’est le votre qui vous ouvrira la porte…Alors je vous souhaite un bon appétit.

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©2016 Jean marie Albert – Tous droits réservés – Reproduction interdite.

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