Joe Cocker mes potes et moi – Chronique d’une jeunesse disparue.

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Il y a des jours comme ça où le présent vient nous en coller une dans la gueule. Histoire de nous rappeler qu’on n’est que de passage sur cette foutue planète.
Cette année, Lour Reed, puis Joe Cocker hier soir qui s’envolent dans les plus belles étoiles musicales de nos souvenirs.
Toute mon adolescence se met debout ce jour-là, quand en 1969, à Woodstock, il présente sa chanson : « With a little help from my friends ». J’avais douze ans et pour moi c’était à la radio. Quelque part en ce monde vivait quelqu’un avec cette vibration qui chantait pour nous tous.
Pour moi, cette voix de lion blessé, éraillée, forgée aux tourments d’une vie où l’alcool et la drogue nourrissaient les esprits créatifs en offrant à toute une jeunesse une voie nouvelle de liberté et d’espoir . Cette vibration rauque, animale et profondément humaine a toujours eu pour effet de propulser dans mon âme d’ado et même devenu adulte, un sensation intense venue des tripes. Là où le ressenti se noue avec la conscience. Un lien entre l’insondable d’une émotion de rage, de révolte, de rêve et un désir d’ouvrir un chemin, une piste tremblante et fragile vers quelque chose de beau. Le cri à la place des larmes.
Nous sortions des conventions, de l’enfermement des idées, des hypocrisies pour aller planer en rêvant à un autre monde, à une autre idée de la vie.
Sur nos pic-up d’abord, en 45 tours, puis avec les mini cassettes et les 33 tours grésillants d’avoir trop tourné sur la platine de la chaîne hi-fi de notre chambre.
Allongé seul, souvent ou avec nos potes dans une chambre à mimer les concerts et quelques rifs fabuleux. C’était à qui proposerait sa dernière trouvaille musicale. Des imports d’Allemagne, d’ Angleterre ou d’ailleurs qui venaient enrichir notre volonté farouche de continuer à rêver. Parfois éblouis, d’autres fois partis en fumées colorées sous les spots clignotants du foyer de jeunes qu’on avait réouvert pour jouer au Ping pong à l’abri. Le Foyer Joseph Santaine. Une longue salle redécorée par nos soins durant des mois, un comptoir en bois massif poncé durant des jours, verni, poli, une petite pièce avec la sono à deux platines ou tournaient tous nos disques rayés bien souvent. Mais on s’en foutait, on étaient tous là, en vie, insouciants et rêveurs. Des « Baba cool » colorés et joyeux.
On en a passé des journées et des nuits à délirer autour d’instants magiques avec les suppôts de Fender, Gibson, Tama en organisant des bœufs improvisés.
Des moments cultes pour tous les copains rêvant de devenir un futur Zappa ou un Gilmour.
Il remonte à ma mémoire des rencontres avec Horace, sa frange blonde sur ses yeux rieurs, les doigts glissant sur sa Gibson à la Maison des Marais. Il savait jouer de tous les instruments, comme ça, par hasard, par génie, d’un talent extraordinaire. Son frère Michel à la batterie le plus souvent.  Disparus trop tôt eux aussi quand la tempête de l’hero à frappé notre fragile jeunesse. Au foyer des gratteux comme Tchinet, un passionné de Frank Zappa, de blues et de Rock que je revois encore tordant ses doigts sur des cordes sonnant des hurlements nous emportant tous vers des contrées incompréhensibles pour beaucoup de jeunes d’aujourd’hui. Lui, il a refondé son groupe « Clairvoyance » et parcoure les salles de la région à la recherche d’instants heureux. On a eu des nuits entières sur son voilier ou dans la chambre à écouter Stravinsky, Deep Purple, Pink Floyd, Lynyrd Shynyrd, James Brown et Frank Zappa, le Maître. Tant d’autres magiciens aussi, à fond la caisse. Les voisins qui devenaient fous de tout ce vacarme partagé de hauts décibels. Des heures de délires joyeux sous nos cheveux longs à tordre les sons avec un synthé diabolique. Les oreilles pointées vers les harmonies et la voix de Joan Baez. Et sous la nuit étoilée, sur la plage ou à côté des immeubles, un auto radio ou une sèche romantique accompagnant nos rencontres. Là où se donnaient des baisés passionnés ou timides. Tous ces jeunes des HLM ou d’ailleurs qui se reconnaîtront, qui sont passés dans ma vie, ont enrichis mon adolescence musicale et complètement chaviré ma vision du monde.
Tout ça, c’est une petite partie de ma jeunesse aux multiples facettes et aujourd’hui qu’il est parti vibrer vers d’autres cieux, Joe Cocker, j’ai comme un vague à l’âme, une douleur de plus qui me dit que beaucoup de temps est passé depuis ces jours merveilleux que jamais nous ne retrouverons. Il nous reste ses chansons, ses musiques, son âme vibrante et jaillissante comme un volcan à écouter encore pour caresser les souvenirs lointains qui flottent dans nos cœurs. Il m’a accompagné bien souvent par la suite avec d’autres créations comme «  You are so beautiful  » jusqu’à « N’oubliez jamais »
Non Joe, on n’oubliera jamais combien de plaisirs et de rêves tu nous a donné, tout ce que tu as partagé avec nous, tout ce que nous avons vécu ensemble. Peut-être qu’aujourd’hui tu sais tout ça.
Mais tu vas nous manquer… You are so beautiful, to me…
J’ai 57 ans et le cœur encore plein de vie.


Création Jean-Marie Albert © 2014 Tous droits réservés – Reproduction interdite.

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