L’araignée – Odilon Redon – Article

GS561EC-1

 

cropped-smilingspider.jpg

L’ombre supérieure, là d’où vient l’horrible insecte, révèle à notre imaginaire un lieu, secret, inaccessible, effroyable. Là ou pattes et mandibules officient en cliquetis imperceptibles et monstrueux. Tout près de nous.
Le mur, au fond, à l’apparence sale, nous indique un espace infréquentable, indigne de nous et de ce fait nous en interdit l’accès. Alors ce qu’il s’y passe, selon nous, ne peut venir que des enfers.
Le sol carrelé propose l’intérieur de toute demeure contemporaine. Une identification supposant que cette bête pourrait bien se trouver -chez nous-.
La lueur de droite nous oriente sur le reste de cette maison, qui pourrait bien être la nôtre.
La bête, immobile dans cette pénombre, semble attendre sa proie, se tient prête, au bord de son antre-piège, à un assaut machiavélique.
Le corps velu, un peu vaporeux, ne donne pas ses limites exactes. Ce qui entretient son effet -surdimensionnable- pour celui qui regarde et imagine. Seul un œil glauque apparaissant à la lumière, effet qui déjà révèle un esprit animal affamé, fascinant, effrayant de noirceur, de profondeur infâme, nous terrifie au plus haut point.
Mais ce n’est qu’un début car le second œil resté dans le sombre est sujet à une interprétation encore pire, plus cruelle, car insondable. Ce qui développe l’épouvante dans l’imaginaire.
Les narines, ouvertes, palpitant sous les odeurs de futures proies, nous-même, encore, dans notre foyer.
Les pattes, dix, éléments en surnombre par rapport aux autres arachnides, sont aussi une porte ouverte au pire, à l’erreur génétique. Surtout quand on sait que Redon a étudié les insectes avec Armand Clavaud.
La longueur de ces pattes semblent infinies et on les imagine bien courant silencieusement derrière une proie, nous-même et avec nos deux seules jambes. La fuite devient impossible, funeste, parce qu’on devient l’objet alimentaire de cette infernale poursuite.
Reste l’étrange expression de cette bouche, entrouverte, comme prête à nous mordre, aux multiples dents acérées qui nous attendent pour nous déchiqueter lentement dans les plus effroyables souffrances.
Tout dans cette « toile » de Redon, si bien tissée au soyeux des fragilités imaginaires, sans toile, juste dans un jeu de pénombre et d’à peu près lumineux, nous incite au voyage extraordinaire de notre imagerie intérieure, fantasque, démesurée,
Alors, ne fuyez pas, regardez, imaginez et confrontez votre émotion avec celle que le peintre vous propose et une histoire naîtra en vous emportant dans les méandres d’une toile cauchemardesque certes, mais si nécessaire à notre équilibre imaginaire.

Création Jean-Marie Albert – Tous droits réservés.

Publicités

2 réactions sur “L’araignée – Odilon Redon – Article

Merci de me laisser votre ressenti en commentaire :-)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s